Manifeste pour une décroissance conviviale

À vous qui vous préoccupez de l’avenir des prochaines générations. Nous vivons dans un monde en crise. « Lucides » ou « Solidaires », tous s’entendent là-dessus. Mais les solutions proposées, qu’elles soient néolibérales ou progressistes, restent dans le paradigme du développement et de la croissance économique, alors même qu’il s’agit là d’une cause majeure de bien des problèmes.

Dans la foulée du mouvement européen de la décroissance économique soutenable (1), nous invitons les citoyens et citoyennes à poser un regard d’ensemble sur le système actuel, en particulier sur les problèmes écologiques et sociaux.

La « décroissance » est une interpellation à la « croissance économique », expression qui donne une connotation vivante et positive à des phénomènes destructeurs des écosystèmes et du tissu social. Le développement économique productiviste accroît l’écart entre les riches et les pauvres tandis que l’augmentation de la production de « richesse » ne signifie pas l’amélioration générale de la condition humaine. La croissance des entreprises ne les empêche pas de couper des postes pour augmenter leurs bénéfices, réduisant à néant l’argument pro-croissance de la création d’emplois. Par ailleurs, la production toujours augmentée de biens de consommation gruge les ressources qui constituent notre capital écologique et engendre de la pollution et des déchets à la tonne. Les guerres, déversements de pétrole ou carambolages automobiles sont des exemples d’événements qui élèvent le produit intérieur brut, indicateur dont on se sert pour évaluer la santé des nations. Cette analyse des activités humaines donne un portrait inexact de la réalité. Comme beaucoup d’autres avant nous, nous affirmons que l’économie doit cesser de dicter les décisions de tout ordre et redevenir un moyen au service des êtres humains.

La décroissance n’est pas une idéologie simpliste et moralisatrice mais un appel à la réflexion fondé sur un fait incontestable: sur une planète limitée, la croissance illimitée, objectif de tous nos gouvernements, est une impossibilité. Elle conduit à des déséquilibres de plus en plus dangereux.

Quatre crises intimement liées

Crise écologique, d’abord. Inutile de rappeler que depuis l’industrialisation, les êtres humains ont fait disparaître des milliers d’espèces, pollué l’air, l’eau et le sol, décimé des forêts, produit assez de gaz à effet de serre pour modifier le climat, faire fondre les glaciers et élever le niveau des mers, le tout avec des conséquences incontrôlables. La population mondiale consomme comme si nous avions une planète et demie. Si les six milliards d’habitants de la planète pouvaient se permettre le mode de vie que les pays industrialisés font miroiter à travers le monde, c’est de six planètes dont nous aurions besoin (2).

Crise sociale, encore. Malgré toutes les promesses de l’idéologie de croissance, la sous-alimentation et l’insécurité alimentaire compromettent la santé de millions de personnes, dans le tiers-monde et dans les pays industrialisés. Au même moment, les maladies liées à l’american way of life et à sa pollution font leurs ravages : asthme, cancer, allergies, obésité, maladies cardio-vasculaires, problèmes de santé mentale, etc. Des milliers de personnes vivent des épisodes d’épuisement professionnel pour avoir trop travaillé tandis que des milliers d’autres personnes sont exclues du marché du travail et soumises à l’opprobre.

Crise du sens, toujours. Le stress et le sentiment de vide provoquent dépressions et suicides. Entraînés dans le tourbillon du productivisme et du consumérisme, nous n’avons pas le temps de réaliser que notre liberté se limite à celle de choisir parmi des produits et à s’identifier à des marques de commerce. Le sens véritable de la vie, qui est quête en soi, est évacué du programme. Continuellement occupés, agités, divertis, nous n’avons plus la possibilité de réfléchir alors même que nous consommons biens, services, ainsi que nos relations. Les liens humains prennent place dans un système où le réflexe cultivé est de chercher notre plus grand profit, au détriment de toute solidarité. Branchés sur des médias de masse qui procurent une illusion de présence, nous constatons avec impuissance notre difficulté d’être, tout simplement, avec nos semblables.

Crise politique, enfin. Les citoyens désabusés ne font pas confiance aux politiciens. Rien de surprenant, quand les multinationales imposent leurs règles avec la complicité des gouvernements en place. De grandes institutions non élues, telles l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, prennent des décisions qui affectent la vie de peuples entiers n’ayant pas leur mot à dire. Les contestations sont réprimées par la force policière, quand ce n’est législative et judiciaire (3). Mais qu’est-ce donc qui légitime le fait que les intérêts financiers des entreprises pèsent plus lourd que les droits des peuples?

Nous, « objecteurs de croissance », déplorons les ravages provoqués par l’idéologie de la croissance et toutes les conditions qui la déterminent.

Culs-de-sac

À tous ceux qui portent l’étendard du développement durable, nous voulons souligner les dangers insidieux de cette approche la plupart du temps bien intentionnée, mais souvent récupérée par les relations publiques des grandes entreprises. L’expression « développement durable », issue du rapport de la commission Brundtland en 1987, présuppose la possibilité du respect de l’environnement dans un contexte de croissance économique et propose de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En faisant de la croissance une nécessité, le développement durable abandonne toute tentative sérieuse d’éliminer les activités économiques nuisibles. En voulant répondre candidement aux besoins du présent, le développement durable évite de les remettre en question. La satisfaction de nos « besoins » de mobilité, de confort et de télécommunications prépare aux générations futures un legs de pollution, de catastrophes climatiques et de déchets, entre autres.

Une compagnie qui recycle son papier peut se réclamer du développement durable, tout en exportant sur des milliers de kilomètres des objets jetables qui quelques semaines plus tard se retrouveront dans un dépotoir. Le mouvement de la consommation responsable réussit lui aussi à convaincre une partie de la population de consommer des produits équitables, locaux, sans pesticides, biologiques, éco-énergétiques… Petits pas dans le bon sens? Prise de conscience? Nous souhaitons le croire. Mais la possibilité de faire des « achats éthiques » évite de poser la question de la nécessaire réduction de la consommation (seul moyen direct de réduire la pollution, les émissions de gaz à effets de serre, la production de déchets). De la même manière, un effet rebond a été constaté avec les technologies éco-énergétiques : puisque la machine consomme moins, les consommateurs ont tendance à l’utiliser davantage ou à allouer l’argent économisé à d’autres biens de consommation, avec pour conséquence une augmentation globale des ressources matérielles ou énergétiques utilisées.

Qu’en est-il de cette autre avenue réconfortante à première vue, celle de croire que la technologie apportera des solutions aux préoccupations écologiques? Voiture électrique, décontamination, organismes génétiquement modifiés, biogaz et éthanol, etc. Malheureusement, ces « solutions » ne sont pas sans conséquences. Produire de l’éthanol, par exemple, exige qu’on consacre beaucoup de terres agricoles à la monoculture de maïs, dévastant ainsi la biodiversité et entraînant une utilisation intensive de pesticides et d’engrais chimiques qui appauvrissent le sol et polluent les eaux. Nous vivons dans un monde qui valorise systématiquement le progrès et l’innovation technologique sans considérer l’ensemble de leurs conséquences, oubliant que c’est cette même foi qui a engendré les catastrophes écologiques que la technologie prétend aujourd’hui solutionner. Ainsi, une technologie médicale de pointe, impensable en dehors du cadre d’une société industrialisée, permet de soigner des cancers… dus à la pollution engendrée par l’industrialisation.

Voyons un peu comment l’idéologie du progrès, qui va de pair avec celle de la croissance, cause plus de tort qu’elle ne peut en réparer.

D’abord, la frénésie de l’innovation raccourcit le cycle de vie des objets, dont l’obsolescence est planifiée. Celui qui souhaite faire réparer un appareil doit agir avec conviction pour renoncer à l’attrait du nouveau modèle et pour trouver, quand cela est encore possible, les pièces et le réparateur qualifié. Par exemple, acheter un nouveau grille-pain coûte moins cher que de faire réparer celui qu’on a déjà. Rapidement, les objets se retrouvent dans les dépotoirs, après avoir participé à l’exploitation des personnes qui les fabriquent, au gaspillage des ressources, à la consommation d’énergie et à la production de pollution. Ces phénomènes se trouvent légitimés par l’impératif de la croissance, même si l’exploitation des ressources naturelles engendre des conflits meurtriers et que la gestion des déchets coûte des sommes astronomiques. Cette idéologie, en posant comme légitime, sensée et nécessaire l’accumulation de richesses, justifie tous les moyens de faire de l’argent et de croître : marchandisation de l’eau, exploitation des enfants, guerres pour le pétrole – et marketing artificieux.

Nous vivons malgré nous dans l’ignorance du réseau de dépendance impliqué par l’utilisation de la technologie. Pour que nous utilisions un grille-pain, il a fallu l’usine, le système de transport, le réseau et les centrales électriques. Les appareils technologiques n’existent pas seuls, ils impliquent toute une organisation sous-jacente. On prétend qu’Internet et les ordinateurs réduisent l’utilisation de papier, mais tout reste branché sur l’imprimante et on oublie aussi que de tels moyens de communication ne sont possibles que dans une société industrialisée qui a déjà impliqué un immense gaspillage et continue de dilapider les ressources (forestières entre autres), ne serait-ce que dans l’emballage des pièces qui se baladent d’un bout à l’autre de la planète. Et on occulte les tonnes d’ordinateurs désuets qui ne sont rien de moins que des déchets toxiques. De même, on nous présente l’automobile comme la liberté de se déplacer, le plaisir de conduire, le symbole de la réussite. Mais ce mode de transport implique des kilomètres d’asphalte, la pollution, l’enlaidissement des paysages, le bruit, l’urbanisme qui isole les différents secteurs de la vie, les guerres pour le pétrole, sans compter les milliers de morts d’accidents.

Par ailleurs, nous devenons complètement dépendants de la technologie, incapables de fonctionner sans elle, incapables pour la plupart de comprendre comment elle fonctionne et de la réparer quand ses appareils se brisent. Les innovations technologiques exigent de grands investissements financiers, pour la recherche, le développement et la production. Leur confier la sauvegarde de l’environnement signifie au bout du compte l’abandon entre les mains des détenteurs de capitaux et des grandes compagnies de la possibilité des populations de prendre en main les défis de la vie commune.

Nous nommons « outils » ces machines, mais il importe de réaliser qu’il ne s’agit pas d’objets neutres que nous pouvons utiliser comme bon nous semble ou selon nos principes. Leur usage nous inscrit dans un vaste système de contraintes, et plus encore il nous transforme, modifiant notre rapport au temps, à l’espace, aux autres êtres humains. La technologie métamorphose notre vision du monde et nos principes mêmes.

Entendons-nous bien : la décroissance n’est pas le désir d’un impossible retour au passé. Elle se veut un choix lucide des inventions. La décroissance, c’est cesser de croire que ce qui est nouveau est meilleur : un tri doit être fait dans ce que la technologie nous offre. Pour nous, certaines inventions devront être abandonnées totalement, par exemple l’énergie nucléaire et la bombe atomique. D’autres, tels l’avion ou divers types de transport motorisé, devront voir leur utilisation sérieusement réduite. En somme, les techniques ayant pour effet de mobiliser toujours plus de ressources devront être abandonnées. Cela ne veut pas dire que tout progrès technique doit être oublié. Pensons aux techniques de pointe en agriculture biologique qui nous font découvrir de nouveaux avantages au compagnonnage végétal. Nous accueillerons les inventions, les techniques qui aideront l’humanité à vivre plus simplement.

Sortir de la croissance

Ce constat de la situation nous permet d’affirmer que l’idéologie du Progrès, qui conçoit que l’Homme, maître de la nature, avance inéluctablement dans l’amélioration du monde, et celle de la croissance économique, fondée il y a plus de deux cents ans, ne concordent pas du tout avec la réalité du XXIe siècle.

L’idéologie dominante pose la croissance économique comme souhaitable, nécessaire et inévitable. Une loi de la nature, dit-on. Évidemment, tout organisme vivant croît, mais cette croissance se stabilise rapidement. La croissance à l’infini est une construction mentale humaine, pas une fatalité économique.

La pensée dominante invoque de même la nature humaine pour justifier l’ »inévitable » recherche du profit à court terme. Notre espèce survit pourtant depuis des millénaires grâce à l’entraide et à la coopération… Nous pensons que la nature humaine ne se limite pas à sa seule fonction économique et possède de multiples facettes. Nous sommes ce que nous cultivons en nous. Nous croyons qu’il est possible de cultiver l’intelligence, la créativité et la bonne volonté des êtres humains à participer à un changement de culture radical valorisant l’être et la communauté.

De toutes les façons, comme la croissance économique repose sur une consommation importante d’énergie fossile, dont la diminution des capacités de production est annoncée pour les prochaines décennies, et qu’il ne sera pas possible de remplacer si aisément, des perturbations importantes du système actuel sont à prévoir. De là l’urgence de repenser les choses au-delà de l’idéologie de la croissance.

Évidemment, dans un système économique tel qu’il est aujourd’hui, croissance négative signifie récession, avec toute les conséquences problématiques dans le quotidien de milliers de personnes qui perdent les moyens financiers de répondre à leurs besoins. Le mouvement de la décroissance ne prône pas la récession. Mais vu l’impossibilité écologique pure et simple de voir se perpétuer la croissance à l’infini, les « objecteurs de croissance » proposent une tentative de sortie du paradigme de la croissance. Il s’agit de préparer, et ce dans un souci de justice sociale, les sociétés aux défis des limites physiques de la biosphère.

Réinventer le vivre ensemble

Détachons-nous des structures existantes et des pseudo-contraintes économiques pour concevoir un projet vraiment humain, un projet vraiment réaliste, celui de vivre en fonction de nos besoins et de nos ressources réelles, en harmonie avec notre environnement. Puisant dans notre expérience de la simplicité volontaire, nous sommes convaincus qu’une société de décroissance, qui reposera sur la prise en charge de leurs besoins par les populations, à petite échelle, entraînera l’amélioration de la qualité de vie en favorisant des environnements sains, la participation du plus grand nombre aux décisions, l’entraide et les échanges humains gratuits, la créativité et les occasions d’épanouissement. À quoi ressemblerait cette société? Comment faire des pas dans cette direction?

Cette réflexion pose de front le défi du vivre ensemble et de la répartition de la richesse. Dans la société que nous envisageons, comme dans toute communauté axée sur la satisfaction des besoins (et non sur la création de désirs matériels renouvelables), l’économie consiste en échanges de biens et de services à petite échelle. Le travail est une occasion de participer à la vie communautaire selon ses talents et habiletés, et non un joug nécessaire pour gagner de quoi consommer. Les entités de production sont de petites tailles et utilisent des machines simples à réparer et économiques d’usage. Par exemple : des métiers à tisser mécaniques actionnés par l’énergie humaine ou animale permettent une production beaucoup plus grande qu’un tissage manuel, sans demander les milliards de capitaux de construction et d’opération d’une manufacture industrielle et sans engendrer de perturbations écologiques. Le temps ne s’achète pas, ce n’est pas de l’argent, c’est un espace où s’épanouir.

Si on prétend que l’industrialisation a permis de produire des objets à moindre coût, c’est qu’on ne comptabilise pas la pollution de l’air, de l’eau et du sol, la maladie physique et mentale des employés de l’industrie, l’exil rural et la gestion des déchets. Dans une société de décroissance, les talents et les habiletés sont consacrés à fabriquer des objets esthétiques et durables. L’attention portée aux objets reflète le respect de la matière et du travail qui y ont été mis : on les entretient et les répare pendant des générations. Les cordonnières, couturiers, rembourreurs, cuisinières, ébénistes, menuisiers et techniciennes réparatrices de tout acabit ont donc pignon sur rue dans les communautés locales où chacun fait ses courses à pied, en vélo, en tricycle ou en tramway, en empruntant d’étroites allées bordées de jardins. Pourquoi ne pas importer le modèle des petits villages européens, évitant ainsi de parcourir des milliers de kilomètres outre-atlantiques en touristes pour les visiter? Échangeons simplement nos recettes plutôt que de faire voyager des cargaisons de biscuits outre-mer.

Une société écologique a un rapport très différent au déplacement. La sécurité alimentaire incite à une production de proximité des aliments de base. Le jardinage, même en ville, en est une composante essentielle. Les entités de production des biens étant de petite taille, elles sont implantées directement au sein des communautés, éliminant ainsi les parcs industriels qui dévastent le paysage et évitant aux personnes de se déplacer sur des dizaines de kilomètres chaque jour pour aller travailler. Le transport des marchandises est également réduit de beaucoup. Les réseaux ferroviaires municipal et national offrent un service rapide et économique, comme c’était le cas avant que les industries du pétrole et de l’automobile ne le démantèlent (4). Dans une société qui laisse du temps libre aux personnes, les transports actifs, à pied ou à vélo, ont une place de choix. Les rues et les boulevards urbains sont convertis en pistes cyclables et en trottoirs bordés de parcs. Puisqu’on engloutit moins de ressources dans la réfection des routes et dans la construction des ponts, celles-ci sont disponibles pour l’entretien du transport ferroviaire et l’installation de couloirs à l’abri du vent et de la neige pour le vélo d’hiver, par exemple. Dans une société favorisant ainsi l’activité physique, la détente, un environnement sain et une alimentation naturelle, la médecine occupe une place beaucoup moins importante. Et nous pourrions continuer longuement à esquisser le portrait d’une société hors-croissance.

Évidemment, une telle société ne sera pas la panacée. Nous aurons plus que jamais à faire face au défi du vivre ensemble. Cette partie apeurée de nous qui cherche la sécurité dans l’accumulation grincera des dents devant la rareté retrouvée et l’effort à fournir. Mais au-delà de la peur du manque et de l’inconfort, ces nouvelles structures changeront nos rapports aux autres et à la nature. En comblant notre besoin d’appartenance à une communauté et à un lieu, elles favoriseront des existences signifiantes.

Il importe de noter que l’application de ces moyens simples et accessibles, qui représentent chez nous une diminution de la consommation (et une augmentation de la qualité de vie!) constituerait dans plusieurs pays du tiers-monde, actuellement affamés par les systèmes de production et de consommation des sociétés dites développées, une augmentation de leur accès aux biens et services, établissant une plus grande justice planétaire, chose écologiquement impossible si nous maintenons notre niveau de vie.

Pistes pour la transformation

Sommes-nous rêveurs? Peut-être devrions-nous poser autrement la question : sommes-nous plus rêveurs que ceux qui pensent améliorer le bien-être général en soutenant une forte croissance économique?

La société actuelle est fort complexe et nous apparaît comme immuable. Comment seulement envisager que les choses puissent être autrement? Évidemment, il s’agira d’un long cheminement de reprise en main individuelle et collective. La simplicité volontaire individuelle est une démarche essentielle, permettant de libérer du temps pour nous éduquer, lire, réfléchir et expérimenter des manières de faire qui seront centrales dans une société de décroissance : jardinage, démarches de croissance personnelle, techniques artisanales ou de réparation, travail bénévole coopératif, etc. C’est dans un mouvement sur la décroissance économique conviviale, qui est l’expression collective des principes d’équilibre de la simplicité volontaire, que ce mode de vie responsable prend tout son sens.

Une société en transition vers un paradigme autre que celui de la croissance économique favorisera le travail à temps partiel, incitant par ailleurs les individus et les communautés à mettre en œuvre des projets accroissant leur autonomie dans la satisfaction de leurs besoins. Des mesures de ralentissement de la circulation, des stationnements incitatifs, la gratuité du transport en commun, l’aménagement de rues piétonnières et de pistes cyclables sont toutes des actions qui vont dans le sens d’un réapprentissage du transport actif et de la présence au monde. Afin de rétablir l’équilibre dans la répartition des richesses, il serait envisageable de décréter un écart de revenu maximal à l’intérieur d’une même entreprise et des outils fiscaux redistributifs entre les plus riches et les plus pauvres, agissant ainsi contre l’inéquité et diminuant le pouvoir de ceux qui ont le plus d’impact négatif sur la nature, que ce soit par leur haut niveau de consommation ou par leurs investissements qui « font rouler l’économie ».

Évidemment, de nombreuses entreprises dont les activités n’ont d’utilité que dans le cadre d’un système de croissance économique (publicité, objets jetables, produits du pétrole, etc.) n’auront tôt ou tard pas le choix de ralentir puis d’arrêter leur production, bouleversant la situation de l’emploi. De là l’importance de s’éduquer et de se réoutiller vers une plus grande autonomie non marchande.

Les fermetures d’usines, événements dévastateurs dans une petite communauté, peuvent être l’occasion d’envisager autrement l’économie d’une région. En règle générale, on est prêt à investir des millions pour conserver les emplois, sans considérer la pertinence de ce qui est produit ni les conséquences de sa production. Pour la plupart des gens, la consommation et le crédit font partie des « acquis » qu’il ne faut pas remettre en cause, d’autant plus que le système économique actuel n’offre pas vraiment d’autre choix. Nous avons espoir qu’une éducation réaliste aux conséquences de notre niveau de vie, jointe à des expériences d’alternatives de subsistance qui permettent une réelle autonomie des communautés, mènera à des choix qui bénéficieront aux populations touchées en leur redonnant du pouvoir sur leur devenir, tout en préservant l’équilibre écologique.

Nous ne pourrons partager les ressources tant et aussi longtemps que nous respecterons le droit à la richesse et nourrirons des rêves d’opulence. Pour mettre en œuvre une société qui respecte vraiment les êtres et la nature, il est essentiel de réviser nos valeurs et notamment de rejeter l’accumulation et la compétition. Pour maintenir les écosystèmes et la biodiversité, il ne peut y avoir de millionnaires. Concernant la survie de l’espèce humaine, il est essentiel de cultiver le détachement face à l’appât du gain.

Sommes-nous plus rêveurs que ceux qui prétendent que la piscine, le jet privé et les aliments cultivés à l’autre bout du monde sont accessibles à quiconque fait preuve de détermination? Sommes-nous plus rêveurs que ceux qui prétendent encore au bonheur par l’accumulation des richesses et la frénésie du travail? Plus rêveurs que ceux qui croient qu’ils travaillent pour le futur de leurs enfants en constituant des fortunes dans les paradis fiscaux?

À l’image de l’adolescent, l’humanité vit au rythme des excès, grisée par le sentiment de puissance de ses accomplissements. Il est temps de tourner la page sur cette époque d’insouciance et d’acquérir collectivement un peu de maturité. Si nous n’entreprenons pas une réelle recherche d’équilibre fondée sur la reconnaissance et le respect des limites de la Terre, il est à prévoir des bouleversements bien pires que ceux découlant de la transition vers une économie hors du productivisme, qu’il soit capitaliste ou socialiste. La « nécessité » de la croissance économique n’est pas une contrainte absolue, contrairement aux limites physiques de la planète.

Le mouvement de la décroissance n’est pas une utopie. Nous croyons qu’il est possible, en commençant aujourd’hui, d’entreprendre de mille façons un virage vers une organisation sociale vraiment soutenable, et conviviale en prime! Et vous?

Source:  http://www.decroissance.qc.ca

Les signataires :
Maude Bouchard-Fortier
Léo Brochier
Jean-Marc Brun
Jean-François Cantin
Arthur Lacomme
Jacinthe Laforte
Julien Lamarche
Louis Marion
Serge Mongeau
Marcel Sévigny

Notes :
1 – Voir http://www.decroissance.qc.ca pour une une liste de liens sur la décroissance.
2 – Voir Notre empreinte écologique, Mathis Wackernagel et William Rees, Écosociété, 1999, 216 pages.
3 – Les fameux SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) : il y a eu au moins trois cas récemment au Québec (Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Association des gens de l’Île d’Orléans contre le port méthanier à Lévis et À babord). Voir : http://www.taisez-vous.org.
4 – Voir Le livre noir de l’automobile, Richard Bergeron, Hypothèse, 1999, 435 pages.

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22 commentaires sur “Manifeste pour une décroissance conviviale

  1. o-toh

    Ouah, çà me laisse tout rêveur, tous ces bons sentiments, cette vision idyllique d’une société radicalement différente…
    Dans ma vision à moi, on devrait tous habiter aux tropiques, histoire d’économiser le chauffage, on mangerait des poissons (crus les poissons, pour économiser le bois de cuisine) et des noix de coco (crues aussi,et oui mets la coquille de côté, çà peut servir), on consommerait juste ce qu’il nous faut et on laisserait toutes les zones tempérées libres pour la faune sauvage…Voilà qui serait sympa !

    Soyons réalistes, tous les esprits bien pensants, qu’ils soient politiques, économistes, scientifiques, tous s’accordent pour dire que c’est foutu, qu’il faut changer ceci et cela, et bla-bla, ils sont là qui hurlent, braillent, piaillent, ils pépient beaucoup, mais cela fait des décennies que les Cousteau, Dumont et d’autres tirent la sonnette d’alarme ! Qui a fait quelque chose de concret ?
    Maintenant on peut toujours essayer d’arrêter le TGV du système capitaliste lancé à 300 à l’heure et qui arrive à quelques mètres du mur fatidique du néant…On a le temps de freiner ou pas ? Attends je descends en marche pour vérifier…

    Dans le film « le jour où la Terre s’arrêta », il y a une phrase qui fait mouche : c’est quand on est au bord du précipice qu’on trouve la solution. Mais c’est du cinéma américain, çà, ç’est pas pour de vrai…
    Comme j’en ai marre d’assister à la fin du monde sans pouvoir rien faire d’autre que de pépier moi aussi dans ces forums,
    je vais me trouver une grotte bien profonde au fond du Larzac, je vais m’y cacher et je bouche l’entrée, démerdez-vous…

  2. yobat

    Si ta grotte est profonde, elle doit aussi être spacieuse. Y’a peut-être moyen que t’invite un peu de monde, non ?
    Collectivement, ça permet de partager les taches et ça libère du temps pour contempler ce monde qui s’écroule.

  3. yobat

    Je me suis mal exprimé. Vraiment. A travers « ce monde qui s’écroule » je voulais invoquer le grand virage à opérer, rien d’apocalyptique.
    Et un virage ça se négocie. A 90° à 300 à l’heure, c’est délicat en effet.
    Les toxicomobiles savent trés bien ça aussi, ils sont pas bêtes.
    Seulement, eux, pensent encore qu’il suffirait qu’on vire un platane pour pouvoir passer.
    Le monde vu derriere un pare-brise, on en découvre que trop peu de facettes.
    On est pas sur le même registre. Quant à mon registre, il est individuel et le plus collectif possible et reste largement à explorer. J’y retourne de suite…

  4. o'toh

    Yobat, je veux bien te faire une place dans ma grotte (sauf si tu pues des pieds), mais amène aussi des copines…
    Moi, je demande que çà, que ce monde-là s’écroule.
    Enfin soyons lucides, la fête çà peut durer un moment mais pas éternellement. Quand tu croques dans un fruit bien mûr, miam, tu te régales, te pourlèches, tu savoures mais si t’es trop gourmand, tu t’aperçois pas que t’arrives au trognon et là tu te croques un doigt…La société de consommation c’est pareil, sauf que là, on attaque le trognon et même les pépins, mais ils sont amers…J’ai lu des récits de politique-fiction ( Andrevon, Pelot, Sternberg et bien d’autres ), qui évoquaient l’état du monde futur, c’est à dire notre présent actuel, des histoires écrites dans les années 50 à 80, la réalité d’aujourd’hui dépasse souvent leurs visions les plus cauchemardesques.
    La bagnole était censée nous rendre libres. En fin de compte, elle nous a assujettis, infantilisés, rendus esclaves, pourri notre air et notre espace vital, ruinés en somme. Qu’elle crève donc à son tour, je n’aurai pas de regret, même si je suis aujourd’hui confronté a un dilemme sérieux : ma vieille bagnole tombe en morceaux, elle pollue, me ruine en réparations à répétition, mon job est à 40 kilomètres (village isolé, pas de train, pas de bus) et je me vois mal prendre mon vélo tous les jours, surtout avec le temps qu’il fait, surtout si je dois trimbaler ma caisse à outils (environ 20 kilos), je pourrais m’en payer une autre avec mes économies, mais rien que l’idée d’acheter une voiture neuve me fait gerber…Je sais pas comment faire, j’en voudrais une qui marche toute seule, tu vois genre avec la carrosserie couverte de panneaux solaires qui alimenteraient un compresseur à air comprimé qui ferait tourner le moteur qui entraînerait la transmission et l’alternateur et qui rechargerait part la même occasion les batteries qui feraient que je peux rouler même la nuit et même quand il pleut…Le mouvement perpetuel quoi ! C’est pas possible ? Ah, ben alors à la grotte, vite !

  5. CJ

    La bagnole était censée nous rendre libres, c’est vrai. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait.

    En fin de compte elle nous a assujettis car nous l’avons piétiné, martyrisé, traité de tous les noms, de tous les maux. La vitesse, l’alcool, la pollution, le machisme, la fureur, l’incitoyenneté, la délinquance même ! Tout y est passé !

    Ca fait plus de 20 ans que l’entreprise de démolition est à l’oeuvre. Nos puissants s’étaient laissés déborder avec ces histoires de congés payés, de grèves trop virulentes et de 4 chevaux dans la nature… Ils ont vite rectifiés le tir, relayé en cela par une nuée de gens pour qui faire chier le voisin reste quoi qu’on en dise l’activité principale, quitte à en pâtir eux mêmes !

    La situation est rétablie, monsieur le Président. On a eu chaud !

  6. akplur

    8 mois après ces messages précédent, je viens dire que moi aussi jsuis pour la grotte du larzac. jm’en fous complètement de croissance économie ambition et tous ces mots qui sont pls des maux qu’aut chose. que les jeunes cadre dynamiques et les politiciens se démerdent en effet, bien dit. après tout peace and love et vive la folie!

  7. Libre penseur

    Moi je cherche du monde pour un projet collectif d’autonomie alimentaire dans un premier temps puis énergétique dans un second. Une sorte d’éco hameau village. J’aimerai aller dans ce sens mais je n’ai pas envie de le faire seule, ça ne me stimule pas. Je suis confrontée à un problème en France… l’acquisition de terre. La terre agricole abordable financièrement, ne m’autorise pas à vivre dessus si je ne suis pas diplômée agricole. Le terrain de loisir, sans eau ni électricité, ne m’autorise pas à vivre toute l’année dessus. Reste le terrain constructible qui lui est hors de mon champ financier (sans jeux de mots !!). Je fais quoi ? je m’exile sur une île, où il y a juste à lancer sa canne à pêche pour manger ou à tendre le bras pour ramasser un fruit ? Peut-être bien…

  8. CJ

    « Juste à lancer sa canne à pêche pour manger ou à tendre le bras pour ramasser un fruit »…

    Ah là là. Ca plane dur la haut hein ? C’est bien ça le problème.

    C’est tellement facile de faire de doux rêves à la Laurent Voulzy lorque l’on carbure au chauffage centralisé avec la supérette à deux pas de chez soi.

    Avant de projeter une vie « à la Vendredi », allez faire un tour sous les cocotiers, voir la misère de plus près qu’à la télé, histoire de redescendre un peu sur terre.

  9. Libre penseur

    C’est justement ce que je vais faire…. Je vous raconterai à mon retour, à condition que je revienne….
    Le rêve c’est encore gratuit et Laurent Voulzy, c’est pas ma tasse de thé !
    J’adore planer, c’est très récent d’ailleurs, ça me permet d’avancer en douceur, d’avoir de la perspective et de concevoir le monde sous un autre angle.
    Je sais, j’ai pas d’ailes et la chute peut être rude voir mortelle. Mais si j’essaye pas…. personne ne le fera pour moi. Il ne tient qu’a moi de me « jeter » dans l’inconnu et c’est là que je reconnais mes limites. Seule j’ai bien peur de ne pas y arriver. Vous voyez je ne plane pas tant que ça, j’ai encore des craintes !
    L’utopie serait-elle si loin de la réalité qu’elle fasse si peur ?
    Vous m’avez fait rire, sincèrement.
    En revanche si je peux me permettre, ne portez pas de jugement à l’emporte pièce. Ca n’est jamais propice à la discussion sereine.

  10. CJ

    Et bien… Bon voyage alors. Et lorsque vous aurez trouvé votre île paradisiaque, n’en faite pas trop l’étalage, sinon elle ne va pas être paradisiaque longtemps ! Je ne vous apprends rien en vous disant que l’homme a un pouvoir de nuisance absolument invraisemblable alors, Chut !
    Vous m’avez bien fait rire également. Merci.

  11. Pim

    CJ a bien raison là dessus : c’est beau de rêver, mais comme nous avons tous été élevés dans un petit cocon de confort, c’est très difficile de vivre « à la Vendredi ». C’est beau et ca fait rêver au travers des images télé, mais en vrai c’est bien différent!

  12. Libre penseur

    Pourquoi ? vous avez essayé ? Si c’est le cas racontez-nous votre ou vos expériences. Ca ne pourra qu’être instructif pour des gens comme moi en quête de vivre autrement. D’avance merci.
    Et puis ce cocon dont vous parlez, ne l’avons nous pas imaginé, espéré avant qu’il ne devienne réalité. Soit, nous avons joué à la grenouille qui voulait être aussi grosse que le boeuf, « S’enfla si bien qu’elle creva ». Que cela nous aide. J’ai le droit d’imaginer ma vie, j’ai le droit de concevoir le tripalium autrement et j’ai même le droit d’essayer. Dans cette partie du monde, nous avons le luxe de nous instruire, de réflechir et parfois même de prendre le temps. J’ai conscience de cette chance. Et je ne veux pas la gâcher à désespérer dans l’idée que seule une existence est possible et que rien d’autre n’existe, parce que tout simplement, je n’y crois pas. Elle se situe là ma responsabilité. Vous me direz, ce sont de belles paroles. Reste à passer à l’acte et j’en suis à la volonté, ce qui n’est déjà pas si mal et pas suffisant. Ca prend du temps le déconditionnement, c’est une attention de chaque instants. Et soit dit entre nous, la télé « rêve » peut-être à notre place mais l’expérience de la vie est sans commune mesure plus jouissive.

  13. Tommilidjeuns

    Libre Penseur je suis de tout coeur avec toi car moi aussi je suis en « fuite » permanente vers autre chose, n’en déplaise aux ricanants de service et autres calamiteux forumesques, (je ne citerai pas de noms, ils se reconnaîtront)
    Mais c’est vrai que parfois la réalité apparaît comme dans ces rêves où tu essaies de t’échapper désesperément, mais tu restes là, collé comme si tu avais du plomb dans les semelles,et avec le diable à ta poursuite.

    Parfois il est bon de savoir se remettre en question, c’est pas le cas de tout le monde ici.

    Mais as tu vraiment besoin des autres pour mener à bien ton projet ?
    Ne sais tu pas que :

    « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
    est plus de quatre, on est une bande de cons »
    Tonton Georges, libre emmerdeur

    Et encore:
    « Le plus intelligent de tous, à mon avis, c’est celui qui au moins une fois par mois se traite lui-même d’imbécile. »
    Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

    Allez bonne chance à toi.

  14. CJ

    « n’en déplaise aux ricanants de service et autres calamiteux forumesques, (je ne citerai pas de noms, ils se reconnaîtront) »

    Ah ! On m’appelle ?

    Non mais au contraire ! Allez-y cueillir des fruits et pêcher rien qu’en tendant le bras sur les îles !

    Surtout restez-y et foutez la paix a ceux qui n’ont pas envie de retourner vivre dans une grotte en charriant leur maigre pitance à l’aide d’un bourri à moitié mort d’épuisement.

    C’est comme l’autre clown, sur ce forum, qui prône à qui veut l’entendre qu’il veut la fin complète et définitive de toute industrie, tout en tapotant ses inepties sur un… ordinateur !

    Comique non ?

    Le tout en se réchauffant son petit café au micro-onde je suppose ?

    Alors ce n’est pas recevable ça ! Je dirais ok si ce même triste sire avait gravé dans la pierre son message, tout en frottant des bouts de bois pour se faire réchauffer un pot d’eau fraîche aux racines de manioc !

    Allez donc faire un tour dans la plupart des pays chauds, voir de par vous même à quel point c’est « convivial », la décroissance.

  15. Libre penseur

    Tommilidjeuns
    Les encouragements sont toujours bienvenus parce que trop rares.
    Les jugements et certitudes prévalent sur l’écoute et l’attention, c’est aussi dans notre nature. Nous ne voyons qu’a travers le bout de la lorgnette. L' »ambition » de « décroître » n’est pas encore inscrite dans nos gènes !
    Derrière l’ironie je ne vois pas de méchanceté, je lis des interrogations. Une forme de curiosité déguisée. Et puis la vie serait trop triste si on ne pouvait pas rire. Mon ego n’est pas à ce point surdimensionné qu’il ne puisse supporter d’autres images !
    La décroissance volontaire, au sens de certains, est préférable. Ils subodorent que sans ce volontarisme du changement, nous serions enclin à la dictature, à la révolte, à la haine et/ou à la famine. Je partage cet avis. La décroissance volontaire résonne comme l’acceptation du changement. Et nous résistons à ce changement par peur. Car supposer le changement, nous place devant l’inconnu. Face à l’inconnu, c’est la panique, parce que dépourvus d’imagination. Je ne m’exclue pas de ce schéma.
    Ce n’est pas tant les générations futures qui me préoccupent mais bel et bien le vivant sous toutes ces formes qui souffre ici et maintenant.
    Ne devrions-nous pas réapprendre à nous réapproprier notre responsabilité, notre autonomie, notre libre arbitre ? On est accro, l’étau se ressert, la marge de manoeuvre se complique.
    Et si je met en doute mes capacités de le faire seule, c’est que je connais mes limites. De plus nous ne nous en sortirions pas mieux ensemble et non chacun dans son coin ? L’union ne fait-il pas la force ? L’individualisme comme le capitalisme ne vivent-ils pas leurs dernières heures ? Vivre ensemble d’une multitude de manière ou séparer dans un monde uniformisé ? Tout cela demande une grande maturité et nous sommes comme les enfants, encore sujet à l’autorité. Je n’ai pas de réponse immuable, mais je peux en faire l’expérience parce que malgré tout ce que l’on essaye de me faire croire, je suis un être libre à partir du moment ou je n’ai aucun doute là dessus.
    Bien à toi

  16. Pim

    CJ, il y a un juste milieu entre la fin de l’industrie (comprendre la fin de la surproduction et surconsommation = la fin des abus et de l’inutile), et vivre dans une grotte ou sur une ile déserte à la Robinson!
    La décroissance, c’est pas vivre dans la misère avec un pagne et une machette : c’est vivre avec ce qu’on a besoin! je veux dire REELLEMENT besoin!
    Exemple : je n’ai rien contre avoir un telephone pour communiquer, mais je trouve stupide de changer de téléphone tous les 6 mois sous prétexte que celui la il fait des photos a 5MPix et en plus il est tactile c’est super pour les jeux…On peut posséder un téléphone durablement. Tu peux généraliser cet exemple à bien des choses! –> Le tout est de ne pas devenir fashion-victim= « esclave des temps modernes »

    J’ajouterai aussi que la décroissance commence par ne pas gaspiller : nourriture, eau, énergie, déplacements etc…

    La raison à cela? il n’y a pas assez de ressources pour qu’on possède tous 15 paires de pompes, 1 portable, 1 voiture, et que l’on consomme 100L d’eau/J, et XXX kWh d’électricité/j et XXX l de pétrole / J

  17. Libre penseur

    CJ
    La provocation et la dérision ça rend les choses moins sérieuses et ça permet de détendre l’atmosphère tout en se marrant…. C’est aussi une forme de communication.

    Ces pays chauds dont tu nous parles, ne vive pas la décroissance volontaire mais survive à notre oppression constante. Ca n’est pas du tout la même chanson. Nous pressurisons tant et si bien la nature et les hommes que cela finira par ne plus être respirable pour personne. Il ne s’agit pas de renoncer à tout, mais d’être moins boulimique et plus dans le partage le tout de manière consciente. De plus, nous imposons (malgré nous mais grâce aussi à nos bulletins de vote et autres actions) à toute la surface du globe, une seule manière de vivre plutôt à l’occidentale
    C’est à dire et entre autres : un travail aliénant et sans intérêt pour l’épanouissement individuel ; la monoculture intensive, synthétique, hors sol et maintenant modifiée génétiquement ; la consommation comme une fin en soi, une promesse de bonheur éternel, de biens matériels qui ont une durée de vie de plus en plus courte ; une pseudo démocratie libératrice ; le nucléaire civil et militaire qui prolifère comme la peste ; des supermarchés de plus en plus grands, de plus plus aseptisés, déshumanisés où l’abondance à outrance est synonyme de choix.

    Combien de paysans se sont vus exproprié de leur terre manu militari pour finir dans des bidonvilles afin que les industries du soja sèment de quoi nourrir les « steacks » élevés en batterie.
    Combien d’autochtone on perdus leur forêt primaire, nourricière et protectrice, pour voir apparaître à la place des champs de palmiers bien rangé pour en extraire l’huile qui nous sert maintenant à toutes les confections de gâteaux en tout genres.
    Combien de pêcheurs en pirogues regardent impuissants les chalutiers des supermarchés occidentaux racler les fonds jusque sur leur côte.
    Ces êtres humains vivaient très bien, s’autogéraient, se régulaient, vivaient en harmonie avec l’environnement et connaissaient avec précision les limites qu’ils respectaient parce que c’est une question de survie.

    Nos excès nous rendent dépendant et notre dépendance avide comme un puits sans fond, jusqu’à ne plus laisser le choix aux autres sous peine d’aller leur faire la peau.

    Le tableau n’est pas joli-joli et je n’ai pas besoin de faire le tour du monde pour en prendre connaissance.

    Je ne pourrais pas me passer d’écouter de la musique, ni même d’écrire mais je peux aisément me passer de travailler comme un chien. Travailler plus pour consommer plus. Non merci j’en veux pas.

    Et pour conclure : Je préfère mon utopie à leur folie.

    Cordialement.

  18. Tommilidjeuns

    @ Messire Pim grand merci, t’expliques trop bien toi, mais quand_çà veut pas rentrer chez les réfractaires, gnnnn…ben çà rentre pas,c’est comme les maths, trop violent.
    C’est bien mieux avec des exemples, ‘reusement que t’es là.

  19. CJ

    > PIM.

    Entièrement d’accord. J’appelle ça tout simplement du bon sens, d’ordinaire. Un état d’esprit comme ça à l’échelle mondiale ? Ce serait miraculeux.

  20. CJ

    > LIBRE PENSEUR
    Là encore, tout à fait d’accord avec toi. Dans ce post, tu nous parle d’écologie (et là aussi de bon sens). Tu nous exposes dans un résumé aussi court que bien fait les principales véroles qui sont en train de précipiter notre belle planète dans le chaos.

    La voiture ne rentre pas dans ta description, à juste titre. Car comme je l’ai déjà dit, lorsqu’il n’y aura plus que la voiture et le transport individuel pour bousiller la planète, la planète se portera nettement mieux.

    Je ne peux donc qu’abonder dans ton sens ! C’est évident.

    C’est pourquoi il ne faut pas confondre écologie et autophobie. Ce site traite constamment de l’autophobie, très rarement de l’écologie.

  21. CJ

    > TOMMILIDJEUNS
    Tu vois Tommy. C’est bien là le problème de l’être humain. C’est qu’il a souvent besoin de quelqu’un pour réfléchir à sa place.

    Essaye pour voir ! Tu verras, ça fait pas si mal que ça !

  22. simon

    moi aussi je suis libre penseur et cela fait du bien dans ce monde de brute!!!
    Mais hélas l’être humain fonctionne plus avec son instinct plutot que son néocortex et se comporte comme un animal qui veut conquérir un territoire donc y occuper sa place pour créer ce que lui a conditionné son cerveau : le sens aigu du pouvoir,de la consommation…ect bref la reproduction de ce système
    Hélàs nous ne sommes pas nombreux à vouloir construire une société débarrassée de ce système pour en créer une autre plus conviviable,vivable,pour la collectivité sans domination,violence ect…
    Je comprends CJ qui s’évade psychologiquement mais faut-il pouvoir etre capable de construire un autre mode de vie (cela existe mais trop peu nombreux) Je soutiens CJ car il a le mérite de créer dans son esprit ce que le mot utopie devient réalité un jour ou un autre(il y a eu dans l’histoire des utopistes qui ont fait avancer l’humanité !!! )
    Alors soyons fou demandons l’impossible !!!

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